Juillet
Aujourd’hui la chaleur est crevante au point où mes lunettes de soleil se sont mises à glisser le long de mon nez.
J’ai la peau qui suinte tellement de sueur que j’ai la sensation de transpirer de l’huile ; et le type qui se trouve là-bas sur cette terrasse n’a pas l’air d’en mener large non plus.
Je le vois assis là sur son tabouret délavé, plastique écorché au niveau des pieds. Il a le torse à poil et le dos courbé. À bien y regarder le voilà qui tire une drôle de tronche. À force la peau de son front se froisse comme un accordéon et ses oreilles se mettent à remuer étrangement.
Je sirote ma grenadine depuis l’autre bout de la rue en l’observant comme s’il s’agissait d’un singe. Pendant un instant, je trouve que mon comportement est inapproprié, puis j’en arrive à la conclusion que juger les personnes qui passent dans la rue est plus correct que de le faire via des écrans interposés.
De plus, le chaland n’a pas l’air de me calculer et cela me fait me demander si je ne serais pas carrément devenue invisible.
La paille enfoncée entre les lèvres, je le suis du regard tandis qu’il se lève. Pour lui c’est retour à la case départ dans l’espèce de supérette de quartier qui sert aussi de glacier et de revendeur de spiritueux.
Short de bain trop grand et ficelle en cordon mal nouée. Le spectacle est sans intérêt.
Lorsque je tire sur ma paille plus rien ne vient. Au fond de mon verre ce ne sont plus que des glaçons presque liquides et un reste de sirop impossible à aspirer.