Billet 1. L’artiste pluriel
J’ai ce sentiment en moi. Lorsque je crée, il y a un moment où je sens ma personnalité se diviser - Hiroyasu Ishida
C’est peut-être une manière d’exprimer comment se déploie une partie du processus artistique. Un sentiment assez commun finalement, la division, ne la vivez-vous pas vous aussi ?
Elle n’arrive pas immédiatement. Du moins, ce n’est pas palpable si l’on ne crée pas depuis suffisamment longtemps. Je sais que je ne la ressentais pas au début. Ce sentiment de division est né plus tard. C’était peut-être à ce moment, lorsque j’ai commencé à vivre pour écrire, peindre, dessiner. Il y a des moments spéciaux comme ceux-là, qui coupent la vie en deux, avant et après. Alors je peux comprendre cette phrase, et le fait de dire que la personnalité se divise.
Mais le mot diviser est sûrement trop brutal, il induit une certaine violence, comme si la personnalité était coupée en deux avec un objet tranchant. Ne faudrait-il pas plutôt utiliser le terme « démultiplier »? J’ai cette image en tête, de deux bulles entre lesquelles un artiste pourrait naviguer. Elles ne se touchent pas, mais appartiennent au même ego.
L’artiste se protège de son art. Sans la séparation entre ces deux séquences, n’y aurait-il pas un conflit ? C’est difficile de contrôler une bulle qui serait à l’intérieur d’une autre. Elle finirait toujours par vouloir sortir. Il est plus simple de les distinguer l’une de l’autre, de les laisser vivre côte à côte avec chacune leur espace.
Le processus artistique peut induire une forme de catharsis. Pour cela, c’est d’autant plus important de pouvoir séparer ce que l’on crée de ce que l’on est. Les maux sont ailleurs, édulcorer dans la bulle créative. Ils appartiennent toujours à l’auteur/l’artiste, mais autrement. Et finalement, ils sont transformés en autre chose et prennent une autre forme.
Je ne pourrais pas être tous mes personnages à la fois. Lorsque j’écris pour eux, sur eux, c’est là que le sentiment de division est le plus fort. À ce moment-là je ne suis plus entièrement moi. Je sais que j’essaie de comprendre ce qui pousse mes personnages à agir ainsi. Même si je les ai crées, ils ont une vie propre. C’est assez dur à expliquer.
Parfois mes idées me donnent l’impression de vivre en dehors de moi. Ce n’est pas comme si elles m’étaient complètement extérieures, mais elles semblent indépendantes. Je n’y pense pas la plupart du temps. Elles vivent en autonomie, et je peux y revenir quand je le souhaite, un peu comme si j’ouvrais un carnet.
Qu’en est-il de vous ?
Pour ceux qui sont engagés dans un processus créatif, ce sentiment vous a-t-il déjà englobé ?
Pour ceux qui ne crée pas, ressentez-vous un sentiment similaire dans d’autres activités de la vie quotidienne ?
自分の中でもちょっと校 を作っていてちょっとなんだろうななんか 分裂するような瞬間というか自分てとどのぐらいの感じ - 石田 祐康
Traduction littérale : Je créais une école pour moi-même, et je ressentais un déchirement dans mes sentiments.
Concernant le titre : référence à l’Homme pluriel de Bernard Lahire.