Billet 3. Sur l’économie de l’expérience
Cet article a pour vocation de mettre en avant les mécanismes liés à « l’économie de l’expérience » dans le milieu culturel et artistique.
Pourquoi parler de ce sujet ? Tout simplement car j’ai étudié et analysé les pratiques culturelles durant mon cursus en Sciences Politiques.
C’est un champ d’étude encore peu développé en France, et la plupart des sources utilisées pour mes recherches sont des sources italiennes.
Ici, nous allons nous atteler à répondre à cette question : dans un monde où la surconsommation est pointée du doigt, qu’en est-il de l’industrie culturelle et artistique ?
Le champ d’étude lié à l’économie de l’expérience s’intéresse principalement à l’objet des concerts et festivals musicaux.
Claudio Trotta, producteur artistique spécialiste de la création de show musicaux et fondateur de Barley Arts est l’un des plus grands organisateurs de festivals et concerts live en Italie. Ce dernier explique l’attrait particulier que revêtent les évènements musicaux par cette formule : « aller à un concert, c'est comme aller au restaurant. Ça coûte. Comme dépenser des centaines d'euros en chaussures Nike ou en jeans de marque. À la différence que ce sont des objets mécaniques et que le concert c'est un moment unique et irremplaçable»
Les évènements musicaux semblent relever de l’économie de l’expérience et donc de l’économie immatérielle, le tout joint à ce qui pourrait être appelé une consommation productive. Lorsque Joseph Pin et James Gilmore parlent d’économie de l’expérience, ces derniers expriment la création de valeurs ainsi que l’organisation de l’espace qui permettent d’impliquer le client par la mise en place de lieux mémorables. Les évènements musicaux tels que les festivals et les concerts live se veulent ainsi structurants autour de l’espace qui les renferme, et ce, de manière à impliquer l’individu dans l’expérience qui lui est « offerte ». Ce « quelque chose en plus » que donne à vivre ces évènements musicaux diffèrent de ce qui peut être vécu dans le quotidien ordinaire, ce qui crée cet effet de « consommation productive » autour de cette pratique culturelle musicale.
Mais qu’en est-il pour d’autres pratiques culturelles ?
En ce qui concerne les jeux-vidéos, il est évident que les espaces dédiés à l’expérience immersive se déploient largement dans les conventions. Il en est de même avec les vernissages des galeries privées ou des musées.
Et quant est-il du milieu littéraire ?
Puisque la littérature et la lecture sont généralement des moments qu’on ne partage qu’avec soi-même, il est difficile d’extrapoler une théorie sur l’expérience de lecture. Cependant, les salons du livre ou les conférences dédiées à certains ouvrages pourraient être une piste à explorer afin de mettre en lumière une sorte d’économie de l’expérience littéraire. L’acte d’achat d’un livre peut être rattaché à un effet de consommation productive uniquement sous le prisme de la distinction sociale. Cela crée un écart entre lecteurs et non lecteurs. L’espace d’échange où se concentre l’expérience littéraire est donc un lieu de rencontre qui regroupe une catégorie distincte.
L’économie de l’expérience peut-elle souffrir du phénomène de surconsommation ?
L’économie de l’expérience ne peut se pratiquer qu’en un lieu physique circonscrit. C’est dans cet espace que se réunissent des groupes sociaux plus ou moins homogènes. D’après cette acception, cette consommation productive relève d’une pratique de distinction sociale utilisée dans beaucoup d’autres pratiques culturelles et sportives. Certains groupes sociaux peuvent donc être amenés à « surconsommer » certaines expériences afin de maximiser leur capital social, et donc, les évènements peuvent avoir tendance à se multiplier pour répondre à cette demande croissante. Cependant, le public reste le même dans une certaine propension, il a tendance à peu se renouveler. Certaines personnes surconsomment donc, tandis que d’autres sont exclus de l’expérience par manque de capital économique ou culturel.
Cette analyse est très concentrée, et à certains égards, légèrement lapidaire.
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Sources
Alfredo d’Agnese, Pauvre Italie, grands concerts et prix dans les étoiles, musique rock et autre, 2003.
Joseph Pine et James Gilmore, L’économie de l’expérience, 2000.
Charles Goldfinger, l’utile et le futile. Pour une économie de l’immatériel. 1996.